Biographie

Producteur · Ingénieur du son · Musicien

I — L'Afrique

Le son avant les mots

Il est né en Bretagne. Ça n'a pas duré.

À cinq ans, ses parents l'emmènent en Afrique. Le Mali d'abord. Puis le Rwanda. Puis le Burkina Faso. Ils sont hôteliers. Des orchestres passent. Des musiciens restent. Tout un continent entre par les fenêtres de l'hôtel et ne ressort plus jamais.

Le gamin enregistre. Avec un magnétophone. Il ne sait pas qu'il fait de l'ingénierie du son. Il ne sait même pas que ça existe. Il appuie sur le bouton rouge et il écoute. C'est tout. C'est déjà tout.

Dix ans en Afrique. Dix ans à entendre avant de comprendre. Les rythmes, les timbres, la voix humaine quand elle n'a plus rien à prouver. Ce n'est pas une influence. C'est un sol.

II — L'apprentissage

Bande magnétique et console Neve

Retour en France. Il a quinze ans. La musique reste. La question du métier se pose. Il n'ira pas en école. Pas de diplôme d'ingénieur du son. Pas de cursus. Autodidacte. Le mot est posé.

En 1989, il entre au studio Artistic Palace à Boulogne-Billancourt. Quatre salles. La première console Neve V-series 60 voies installée en France. Il est assistant. Le plus bas de l'échelle. Celui qui arrive le premier et part le dernier.

L'analogique, à cette époque, c'est une religion. On aligne les têtes du magnétophone. On manipule la bande. Un mauvais geste et la prise est perdue. Pas de Ctrl+Z. Pas de filet. L'école est exigeante. Elle ne forme pas des techniciens. Elle forme des oreilles.

Deux ans plus tard, il est promu assistant principal. Il observe les grands ingénieurs du son. Il absorbe. Il ne copie personne.

III — Le studio

Freelance, Miraval, Pro Tools

Il quitte Artistic Palace. Devient ingénieur du son freelance. Travaille au studio Miraval, dans le sud de la France. Level 42 passe par là. Bashung aussi, plus tard.

Au milieu des années 90, il découvre Pro Tools. Presque personne ne connaît. Presque personne ne veut connaître. Les studios français travaillent sur bande. La révolution numérique, c'est pour les Américains.

Lamoot, lui, comprend. Pas la machine. L'espace que la machine ouvre. Il devient l'un des premiers utilisateurs de Pro Tools HD en France. Pas par fascination technologique. Par instinct. Le même instinct que le gamin au magnétophone.

En 2001, il s'installe au Studio Ferber, à Paris. Son propre espace. Pas une cabine isolée. Un salon. Deux cents disques durs remplis de sons. Des guitares posées contre les murs. Les bruits de la rue qui entrent. C'est voulu.

IV — Bashung

Fantaisie Militaire et ce qui a suivi

1996. Alain Bashung cherche quelqu'un qui sait faire parler Pro Tools. Il entend le travail de Lamoot sur La femme à barbe de Brigitte Fontaine. Il l'appelle.

Le résultat s'appelle Fantaisie Militaire.

Trois Victoires de la Musique en 1999. Album de l'année. Artiste masculin. Vidéo de l'année pour La nuit je mens. En 2005, les Victoires le classent meilleur album français depuis 1985. Ce n'est plus un disque. C'est un monument.

Lamoot n'a pas juste mixé cet album. Il a dirigé la pré-production. Programmé. Enregistré. Construit le son de l'intérieur. Quand Bashung chante la nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine, c'est dans l'espace sonore que Lamoot a creusé.

Ils continuent. L'Imprudence, en 2002. Cette fois Lamoot co-compose. Il n'est plus derrière la vitre. Il est dans la musique.

V — Les autres

Noir Désir, Salif Keita, et cent autres

Noir Désir, 2001. Des Visages des Figures. Le dernier album studio du groupe. Lamoot co-produit avec Nick Sansano et le groupe. Radiohead vient de sortir Kid A. L'atmosphère s'en ressent. Et puis il y a ce titre, Le vent nous portera, avec Manu Chao à la guitare. Lamoot à la production. Un accident magnifique.

L'année suivante : Salif Keita. Moffou. L'Afrique revient. Pas l'Afrique de l'enfance. L'Afrique d'un homme de quarante ans qui sait écouter. Lamoot produit et mixe. Il modernise sans trahir. Il magnifie sans déflorer. Le retour de Keita à la tradition acoustique passe par un studio parisien. Il n'y a aucune contradiction.

Suivront M'Bemba, La Différence, Talé, Un Autre Blanc. Six albums ensemble sur dix-sept ans. Ce n'est plus de la collaboration. C'est de la confiance.

Et puis les autres. Dominique A, sept releases. Raphaël, sept releases. Keren Ann. Étienne Daho. Vanessa Paradis. Mano Negra. Juliette Gréco. Jean-Louis Aubert. Nneka. Girls in Hawaii. Izia. Souad Massi. La liste est longue. Elle n'est pas finie.

Cent trente albums. Plus de trois cents crédits sur Discogs. Trente-cinq ans. Les chiffres ne disent rien. Ils comptent des disques. Ils ne comptent pas les heures passées à chercher le bon son de caisse claire à deux heures du matin.

VI — Rivière Noire

Bassiste, enfin

Lamoot est aussi musicien. Bassiste. On l'oublie souvent. En 2009, il fonde Rivière Noire avec Orlando Morais et Pascal Danaë. Un trio franco-brésilien. Rythmes caribéens, guitare sèche, basse profonde.

Victoire de la Musique 2015. Album de musiques du monde. Le 13 février, au Zénith de Paris. Cette fois, il n'est pas dans la cabine. Il est sur scène.

VII — La méthode

Ni doctrine, ni système

Pas de méthode Lamoot. Pas de son Lamoot identifiable en trois secondes. C'est le contraire. Chaque album sonne comme l'artiste, pas comme le producteur. C'est la marque des meilleurs.

Formé à l'analogique. Pionnier du numérique. Il ne choisit pas de camp. Il prend ce qui sert la musique. Console Neve ou Pro Tools. Bande ou disque dur. L'outil ne compte pas. Seul le résultat compte.

Son studio n'est pas isolé. Les bruits passent. Un klaxon. Un oiseau. La vie. C'est voulu. La musique ne se fait pas sous vide. Elle respire.

Rock, chanson française, musiques du monde, pop, afrobeat. Il passe d'un genre à l'autre sans effort apparent. C'est parce que le genre ne l'intéresse pas. Ce qui l'intéresse, c'est la musique. La distinction est capitale.

Production · Mixage · Réalisation artistique

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